17 janvier 2015

Théologie ou... thé au harem (d'Archimède) ?

Avant-hier, dans l'avion qui l'emmenait vers les Philippines, le pape François est revenu sur l'actualité, au lendemain de la parution du premier numéro de Charlie Hebdo post attentat... Voici ses propos, tels que relayés par l'AFP :
La liberté d'expression est un "droit fondamental", a-t-il souligné. "Tuer au nom de Dieu" est une "aberration". Mais la liberté d'expression n'autorise pas tout et elle doit s'exercer "sans offenser", a-t-il martelé. Car "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing, et c'est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision!", a-t-il insisté.
On peut déjà s'étonner qu'il soit arrivé à la papauté sans avoir lu (et retenu) la Bible et tout particulièrement Matthieu 5.38-39, passage dans lequel Jésus (c'est pas non plus n'importe qui) prêche :
Vous avez entendu qu'il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent.
Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant ; mais quiconque te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre.
Déjà, si l'on devait appliquer la loi du Talion, on devrait répondre à des paroles par des paroles et pas par des actes violents... Mais en plus, la référence de l’Église affirme qu'il ne faut même pas aller si loin !

Mais bon, je digresse, car ce n'était pas cela que je souhaitais aborder comme sujet, mais plutôt la dernière phrase : "On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision !".

Instinctivement, la question qui me vient à l'esprit c'est : "Pourquoi ?". Alors, je me dis que c'est probablement dans la définition de ce qu'est la foi que je vais trouver la réponse à ma question... car quelles seraient les chances que cette personne, révérée par tant d'autres, lance des affirmations infondées ou injustifiables ?

Quand on commence à rechercher une définition pour ce tout petit mot on en trouve un grand nombre, souvent très différentes dans le formulation ou faisant appel à des concepts non triviaux (idéal, dogme, etc.). Il serait donc facile de retenir une définition, de réfléchir dessus pour s'entendre opposer, au final, que ce n'était pas cela et donc que le raisonnement est caduc... Cela serait donc pas mal si ce terme avait été défini dans le livre de référence de la personne qui l'a utilisé... et... Alléluia ! (juste parce que j'ai entendu Jeff Buckley à la radio... ils auraient passé Archimède, je me serais exclamé : Eureka !). Dans Hébreux 11.1, on peut lire :
Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas.
 C'est ici la traduction Segond de 1910 qui est utilisée, mais fort heureusement les autres traductions sont extrêmement proches (le contraire serait étonnant si l'on considère que la source est la même). On peut donc, en en simplifiant l'expression, définir la foi comme : une croyance sans preuve. Mais même en s'en tenant à la définition initiale, cela relève donc d'une construction mentale, autrement dit d'idée(s)...

Donc, si je comprends bien, le Monsieur en blanc essaye de nous dire en substance que l'on n'a pas le droit d'attaquer ou de ridiculiser une idée... Curieuse idée ! Oups, I did it again... Mais alors, quid du débat d'idées, des échanges philosophiques, de l'évolution des concepts, etc. ?

Visiblement, ce qui est proposé est donc l'immobilisme... dans un univers où tout est en mouvement, ça parait effectivement pertinent ! Et d'autant plus hilarant que ça vient d'une personne dont les disciples ont, par le passé, converti des continents entiers à coups de mousquets et de sabres... Si de tels principes avaient été respectés, Odin, Toutatis, Zeus, Toth et tant d'autres auraient toujours cours aujourd'hui !

On a donc compris que l'on était en face d'un cas de "faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que j'ai fait", mais encore une fois, on peut se demander ce qui motive cette démarche... C'est déjà un moyen de protéger ses "parts de marché" : si on ne peut pas dénoncer les dogmes d'une religion, on rend captifs ses croyants et une autre religion ne pourra pas faire d'OPA dessus (c'était la minute financière). En outre, en n'étant pas en mesure de remettre en cause ce qui est affirmé par une religion, parce que ça serait offensant/blasphématoire, cela revient à faire sien les règles/interdits de cette religion, ce qui est un premier pas vers la conversion...

Et il est relativement aisé de voir que c'est également l'agenda des terroristes islamistes (enfin, plus précisément de ceux qui les pilotent) : en menaçant de tuer tous ceux qui oseraient dessiner leur prophète (alors même que ce n'est pas interdit dans le Coran et que dans les hadiths c'est la représentation des êtres animés (ou la possession de telles représentations) qui est interdite aux croyants (mais cela fera peut-être l'objet d'un autre billet)), ils veulent imposer au monde leur croyance ! Car le jour où vous vivrez selon tous leurs principes par peur d'être exécuté, vous serez de fait, converti...

Tout ce long billet, en forme de démonstration par l'absurde, pour en arriver à ceci : toutes les idées doivent pouvoir être débattues, combattues, moquées ou autre ! Car si elles ont quelque mérite, elles seront facilement défendables ! Le fait de vouloir en protéger certaines est en fait un aveu de faiblesse...

2 commentaires:

  1. http://fr.rsf.org/france-religions-contre-liberte-d-16-01-2015,47497.html

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  2. Si RSF dit la même chose que moi, c'est que je dis peut être pas que des conneries... parfois ;)

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