14 janvier 2015

Ou: "comment réinventer l'eau tiède" ?


Contexte: une semaine après le massacre à l'hebdomadaire Charlie Hebdo.
Dans certains établissement scolaires, des réactions d'élèves "douteuses" ont alerté (enfin oserais je dire ?) le corps enseignant et les dirigeants de l'enseignement national.
Parallèlement, la question du parcours scolaire des terroristes a été soulevée, avec en lancinante question de fond, "comment a t'on pu en arriver là ?".

Une semaine plus tard, la Ministre de l'éducation nationale s'adresse aux recteurs etc... tout est dans ce lien, y compris l'intégralité du discours, je vous laisse le lire in extenso si vous avez le temps et l'envie:
http://www.education.gouv.fr/cid85394/mobilisons-l-ecole-pour-les-valeurs-de-la-republique-discours-de-najat-vallaud-belkacem.html

Sur le discours lui même, n'étant pas technicien de l'école, quoique l'ayant fréquentée longuement, je ne dis rien de spécial, si ce n'est qu'il m'a semblé bien creux et plein de phrases fourre tout de communicants.
Qu'il ne fait que dire et répéter ce qui se trimbale de studio tévé en studio radio, sur un air de vieille scie sur les "valeurs de la république" etc...
Valeurs soit dit au passage que je ne rejette pas, quand il s'agit de laïcité, de respect de l'autre et tout ce que vous maîtrisez toutes et tous.

Moi, de ce discours, ce que je retiens, c'est qu'il semble déjà exister plein de trucs chouettes, mais qui ne sont pas mis en oeuvre et que la gentille ministre n'apporte rien d'autre que du vent pour gonfler un discours un peu trop vide...
Mais il se peut que je me trompe... et on peut m'expliquer pourquoi, ça m'intéresserait de savoir.

Avec ce long préambule, je voulais juste pointer deux citations extraites de ce discours.
Citations qui se trouvent en début d'intervention.
Les voici:
"Oui, la forme de délitement du lien social au cours des trente dernières années de crise économique et sociale n’a pas épargné l’école."
"Comment transmettre le vivre-ensemble quand les élèves ne font plus l’expérience de la mixité sociale au sein des écoles et des établissements ?
Najat Vallaud-Belkacem, 13 janvier 2015
Réunion des recteurs


Et moi, ce genre de phrases, ça ne me parle pas tellement d'éducation mais ça m'évoque autre chose, en partie lié à la notion de foutage de gueule.
Je sais qu'on dira que l'alternance politique empêche la longue durée dans les projets gouvernementaux.
Je sais qu'on me dira que la course échevelée aux échéances politiques est un écueil...
Soit.
Néanmoins, il y a une persistance de la fonction, me semble t'il et un communauté de vision dans la gestions des affaires de l'état.
Je ne vais pas ici rentrer dans la discussion qui permettrait de distinguer une politique "réaliste et pragmatique" de gauche qui ressemble fort à une de droite "sociale et humaniste", ça serait fastidieux et convenu.
Néanmoins...
A ce qui me semble et sauf erreur de ma part, des choix de société ont étés faits il y a un peu moins de dix ans, après la "crise" de 2008 non ?
Choix qui nous ont poussés à engager des milliers de millions d'euros dans le maintien d'un système bancaire par nature chamoteux.
Choix qui nous ont menés également à sacrifier sur l'autel du pragmatisme, les services publics en règle générale, l'éducation en particulier, avec la santé, les transports etc... etc...
La "crise économique" na pas épargné pas l'école ? (noter les guillemets et songer à Etienne Chouard qui défend l'idée qu'il n'y a pas de crise, du moins, pour ceux qui bénéficient du système à plein régime)
Nenni !!!
Ce sont les choix sociétaux et le culte du veau d'or, qui ont martyrisé l'école.
Accessoirement et même si c'est pas drôle, le capitalisme à haut rendement ne demande pas des citoyens éduqués pour le faire tenir debout mais des consommateur dociles.
D'ici à y voir un lien de cause à effet et succomber à la théorie du complot, il n'y a qu'un petit pas que je me refuse de franchir.

Second point que j'ai relevé "la mixité sociale" qui ne serait plus expérimentée dans les écoles.
Sur ce sujet, deux réflexions...
D'abord:
L'école a t'elle vraiment été à un moment ou l'autre le lieu de la "mixité sociale" ?
N'y avait il pas avant des quartiers de riches et des quartiers de pauvres ?
Ne mettait on pas les têtes blondes et bourgeoises dans des institutions privées ?
Et donc, n'y a t'il pas un peu un genre de fable derrière cette idée là ?
Pour le coup, des études de sociologie doivent en traiter et je serai curieux de les connaitre, merci de les proposer à la lecture.
Ensuite:
J'en reviens à la question des missions de l'Etat, à l'idée de la gestion du territoire, des villes, des lieux de vie publique.
A qui, sinon aux "élites", devrait revenir le mérite d'une gestion plus que douteuse des espaces urbains ?
A qui devons nous les lacunes dans les schémas directeurs ?
A qui devons nous des choix urbanistiques désastreux ?
Encore et toujours, semble t'il, l'état s'est dégagé de ses responsabilités et a laissé le champ libre au secteur privé.
Eh, oui...
Comment sont gérées ces banlieues de merde, celles où naissent et grandissent les jeunes irrécupérables et potentiellement djhadistes ?
Où sont les écoles, lycées, collèges, médiathèques, transports en commun ?
Comment sont gérés les parcs de logements ?

Ben, oui, ça en fait des questions et des bien gênantes...
Puis où y a de la gêne, y a pas de plaisir.

Je vais en rester là pour ce coup.
Mais dans cet assez long texte, un peu fouillis, certes pointent plusieurs questions, dont certaines me tiennent à coeur et sur lesquelles je reviendrai en temps voulu.

Je voulais juste, en l'occurrence, sauter sur l'occasion qui m'était données par la ministre, pour à mon tour sauter sur ces questions que je vous soumets.

N'hésitez donc pas à réagir.


Article du Monde, sur les "réactions douteuses" évoquées en début de billet.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/10/a-saint-denis-collegiens-et-lyceens-ne-sont-pas-tous-charlie_4553048_3224.html

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