Bonjour à toutes et tous.
J’ai annoncé dans un billet précédent que la critique est
aisée et l’art difficile, ce qui n’est pas de moi. Et, du coup, que je tenterais,
lorsque c’est possible, de faire des propositions.
Je voudrais vous parler aujourd’hui d’une idée qui m’est
venue il y a quelques années déjà et qui me trotte dans la tête depuis.
Et si jamais quelqu’un est disposé à la développer avec moi, j’accepte
volontiers, mes moyens en la matière étant limités.
J’ai fait hier la critique de l’évaluation de la richesse d’un
pays, essentiellement basée sur des outils statistiques brutaux, dogmatiques et
capitalistiques, tels que PIB/PNB, balance commerciale, dette et intérêt de la
dette etc. etc….
J’ai évoqué, du même coup, la possibilité d’intégrer d’autres formes d’évaluations et l’une des pistes, avancée par les Nations Unies, l’Indice de Développement Humain.
http://lemondecommeonlevoit.blogspot.fr/2015/01/combien-tu-vaux-toi.html
J’ai évoqué, du même coup, la possibilité d’intégrer d’autres formes d’évaluations et l’une des pistes, avancée par les Nations Unies, l’Indice de Développement Humain.
http://lemondecommeonlevoit.blogspot.fr/2015/01/combien-tu-vaux-toi.html
L’idée dont je vais vous causer est ce que j’appelle le «COUT
SOCIAL INDUIT».
Très schématiquement, on est habituée à l’idée du bilan carbone et on pourrait transposer cette idée dans le monde social.
Exposer ce Coût Social Induit aurait peut-être quelques vertus, comme par exemple d’orienter nos choix vers des comportements de consommateurs différents.
Très schématiquement, on est habituée à l’idée du bilan carbone et on pourrait transposer cette idée dans le monde social.
Exposer ce Coût Social Induit aurait peut-être quelques vertus, comme par exemple d’orienter nos choix vers des comportements de consommateurs différents.
Avant d’y aller franchement sur le sujet, un petit retour
en arrière, vers l’époque à laquelle m’est apparue l’idée.Mon métier, c’est architecte.
A ce titre, je suis amené à travailler sur des projets de natures différentes.
Leur point commun, à tous, c’est qu’ils sont appelés à s’inscrire dans un paysage, urbain, social, naturel, historique.
Leur point commun, à tous, c’est qu’ils sont appelés à s’inscrire dans un paysage, urbain, social, naturel, historique.
Et que l’on souhaite passer à la postérité ou non, on produit et on laisse une
empreinte.
Chaque projet réalisé a un poids et une influence sur son environnement, spatial, humain, naturel, logiquement.
L’une des questions que je me suis posée, c’est précisément comment évaluer ce poids.
Chaque projet réalisé a un poids et une influence sur son environnement, spatial, humain, naturel, logiquement.
L’une des questions que je me suis posée, c’est précisément comment évaluer ce poids.
Puis j’ai étendu cette question à l’ensemble des activités
économiques, à toute production de richesse, pour parler en termes d’économiste.
Je me suis aussi figuré que puisque nous vivons dans des systèmes complexes et
que toute action locale peut avoir une conséquence plus large et plus
lointaine, lorsqu’on produit, quoique ce soit et où que ce soit, il y a des
coûts évidents (main d’œuvre, matière première, transport, etc..) et des coûts invisibles
ou alors dissimulés ou bien alors non considérés dans la simple évaluation économique
brute : le COUT SOCIAL INDUIT
Il y a, pour tout acte, des conséquences…
En physique, c’est une évidence, en chimie également, dans les interactions
humaines aussi.
Quand il s’agit de politique, comme d’économie, il arrive, parfois, qu’on tente de le dissimuler.
Quand il s’agit de politique, comme d’économie, il arrive, parfois, qu’on tente de le dissimuler.
Bref, il faut bien que j’expose mon idée et que je
définisse ce qu’est le COUT SOCIAL INDUIT.
Et vous allez voir que la comparaison avec le bilan carbone prend tout son sens.
Et vous allez voir que la comparaison avec le bilan carbone prend tout son sens.
D’ailleurs, commençons par là.
Il y a quelques années, on nous en parlait beaucoup et
récemment un peu moins (point sur lequel on pourrait dire pas mal de trucs, en
particulier contre l’incapacité de certains acteurs économiques mondiaux à
ratifier les traités écolophiles et à les appliquer – d’ici à mettre en regard
les besoins de firmes internationales et leur avidité sans limite, puis à
rentrer dans une critique frontale du système capitaliste ultra financiarisé,
il y a un petit pas que je pourrais franchir mais ce n’est pas le sujet du jour
– accessoirement, la notion de cout social induit pourrait être une mesure proactive/incitative
mise dans les mains des consommateurs pour contrer cette avidité morbide), du
bilan carbone.
Le bilan carbone, ou empreinte carbone : on comprend
tous maintenant que les activités humaines ne sont pas transparentes et que les
actions locales ont un potentiel effet mondial.
Produire du CO2 à Paris ou à Pékin, c’est le renvoyer à Sydney ou New York.
Détruire la forêt d’Amazonie, c’est empêcher de respirer les zoulous ou les pingouins.
Pêcher tous les poissons, c’est s’assurer que plus personne n’en n’aura à se caler sous les quenottes etc…
En terme d’écologie, on est bien informés désormais et plutôt sensibles, globalement.
On a bien compris aussi qu’il existe une sorte de balance et qu’un même individu peut avoir simultanément deux attitudes, l’une désastreuse (par exemple rouler en gros 4x4 en ville ou dévorer deux kilos de bœuf par jour…) et l’autre vertueuse (par exemple planter des hectares de forêts qui produiront plein d’oxygène…).
Si les vertus sont supérieures au désastre, on répute le bilan positif et l’empreinte favorable.
Produire du CO2 à Paris ou à Pékin, c’est le renvoyer à Sydney ou New York.
Détruire la forêt d’Amazonie, c’est empêcher de respirer les zoulous ou les pingouins.
Pêcher tous les poissons, c’est s’assurer que plus personne n’en n’aura à se caler sous les quenottes etc…
En terme d’écologie, on est bien informés désormais et plutôt sensibles, globalement.
On a bien compris aussi qu’il existe une sorte de balance et qu’un même individu peut avoir simultanément deux attitudes, l’une désastreuse (par exemple rouler en gros 4x4 en ville ou dévorer deux kilos de bœuf par jour…) et l’autre vertueuse (par exemple planter des hectares de forêts qui produiront plein d’oxygène…).
Si les vertus sont supérieures au désastre, on répute le bilan positif et l’empreinte favorable.
Qu’en est-il en matière économique et sociale ?
Et comment formaliser une sorte de balance, dans laquelle inclure ce que j’appelle COUT SOCIAL INDUIT ?
Du fait, comment le définir, ce truc-là.
Pour y arriver, je vais encore devoir faire une digression et revenir au moment où j’ai imaginé l’idée.
Je bossais sur un programme de logements (que l’on soit architecte soumis à un promoteur ou un usager, on peut convenir que la qualité globale n’est pas à la hausse depuis quelques années).
Dans le cadre de ce projet, je me suis retrouvé à dessiner, sans avoir le choix de le faire ou non, des appartements sans cuisine (avec coin cuisine au fond des séjours), avec des cloisons en placopan (genre de mix plâtre-carton de 5cm d’épaisseur, pour info, c’est de la merde) et autres délices.
Et comment formaliser une sorte de balance, dans laquelle inclure ce que j’appelle COUT SOCIAL INDUIT ?
Du fait, comment le définir, ce truc-là.
Pour y arriver, je vais encore devoir faire une digression et revenir au moment où j’ai imaginé l’idée.
Je bossais sur un programme de logements (que l’on soit architecte soumis à un promoteur ou un usager, on peut convenir que la qualité globale n’est pas à la hausse depuis quelques années).
Dans le cadre de ce projet, je me suis retrouvé à dessiner, sans avoir le choix de le faire ou non, des appartements sans cuisine (avec coin cuisine au fond des séjours), avec des cloisons en placopan (genre de mix plâtre-carton de 5cm d’épaisseur, pour info, c’est de la merde) et autres délices.
A ce moment-là, je me suis demandé quelles étaient les
conséquences pour la vie sociale et familiale.
Le fait de ne pas ou peu avoir de vie privée intime (avec des cloisons en placopan, y a drôlement intérêt à ce que papa maman soient furtifs dans leurs ébats), le fait de ne plus pouvoir cuisiner dignement (essayez donc de faire cuire des steaks dans les 20 à 25m² du séjour cuisine sans pourrir le canapé et la tévé payées à crédit)…
Pour mémoire, le «savoir vivre à la française» est classé au patrimoine inaliénable et immatériel de l’UNESCO…
Le fait de ne pas ou peu avoir de vie privée intime (avec des cloisons en placopan, y a drôlement intérêt à ce que papa maman soient furtifs dans leurs ébats), le fait de ne plus pouvoir cuisiner dignement (essayez donc de faire cuire des steaks dans les 20 à 25m² du séjour cuisine sans pourrir le canapé et la tévé payées à crédit)…
Pour mémoire, le «savoir vivre à la française» est classé au patrimoine inaliénable et immatériel de l’UNESCO…
Ça t’a une de ces gueules, le poulain au micro-onde en face de ce patrimoine mondial !!!
Je me suis donc posé la question du «COUT» social réel,
provoqué par ces dérives…
Et par voie de conséquence, j’ai étendu ma réflexion à l’ensemble des biens de consommation.
Et par voie de conséquence, j’ai étendu ma réflexion à l’ensemble des biens de consommation.
Et j’ai décidé d’appeler mon idée COUT SOCIAL INDUIT.
Voilà pour la genèse de l’idée.
Reste maintenant à tenter d’en donner une définition plus large.
Reste à faire comprendre les qualités de ce bazar.
Je pense que vous y serez vite rendus.
Et j’espère que vous y trouverez un intérêt.
Voilà pour la genèse de l’idée.
Reste maintenant à tenter d’en donner une définition plus large.
Reste à faire comprendre les qualités de ce bazar.
Je pense que vous y serez vite rendus.
Et j’espère que vous y trouverez un intérêt.
On a dit tout à l’heure que le prix d’un produit, c’était
une somme de coûts.
La main d’œuvre (que volontairement je place en tête de liste), des matières premières, du transport, des taxes et charges en tout genre, de la publicité, de la psychologie etc…
Ce qui ne rentre pas dans le coût réel, c’est ce que je vous raconte, le COUT SOCIAL INDUIT.
La main d’œuvre (que volontairement je place en tête de liste), des matières premières, du transport, des taxes et charges en tout genre, de la publicité, de la psychologie etc…
Ce qui ne rentre pas dans le coût réel, c’est ce que je vous raconte, le COUT SOCIAL INDUIT.
Vous allez voir, c’est très simple de percuter avec un seul
exemple : un T-Shirt.
Nous en achetons toutes et tous.
L’idée, en général, c’est de l’acheter le moins cher possible.
Eh, oui, on sait bien qu’à qualité égale, le prix finit par emporter la décision dans la plupart des cas.
Mais admettons qu’on trouve un T-Shirt à 5€ (prix choisi volontairement bas).
Dans ce prix, il y a effectivement le prix du coton, acheté vilement à un paysan d’on ne sait où.
Le prix de la transformation de la matière première, celui de la filature, selon le lieu, il y a potentiellement des conditions de travail déplorable (sans parler des désastres écologiques, qui eux aussi ont un impact sanitaire et social sur les populations locales).
Le prix du transport vers nos marchés nationaux etc… (et encore sans rentrer dans les considérations sur le shipping international, les droits de douane, les zones d’échange libres ou non ad lib).
Et le reste des coûts, bien sûr, j’en reste là de l’énumération fastidieuse.
L’idée, en général, c’est de l’acheter le moins cher possible.
Eh, oui, on sait bien qu’à qualité égale, le prix finit par emporter la décision dans la plupart des cas.
Mais admettons qu’on trouve un T-Shirt à 5€ (prix choisi volontairement bas).
Dans ce prix, il y a effectivement le prix du coton, acheté vilement à un paysan d’on ne sait où.
Le prix de la transformation de la matière première, celui de la filature, selon le lieu, il y a potentiellement des conditions de travail déplorable (sans parler des désastres écologiques, qui eux aussi ont un impact sanitaire et social sur les populations locales).
Le prix du transport vers nos marchés nationaux etc… (et encore sans rentrer dans les considérations sur le shipping international, les droits de douane, les zones d’échange libres ou non ad lib).
Et le reste des coûts, bien sûr, j’en reste là de l’énumération fastidieuse.
Si je reprends chacun de ces points et qu’on les relie, on
comprend bien qu’il y a, en plus des coûts bruts, des incidences sociales
nombreuses.
Localement, nationalement, internationalement.
Localement, nationalement, internationalement.
Où sont aujourd’hui les protections sanitaires et sociales
dans les pays «émergeants», dans lesquels le seul objectif est de réduire les coûts économiques ?
Où sont aujourd’hui les usines textiles en France, les filatures ?
Où sont aujourd’hui les usines textiles en France, les filatures ?
Il y a là, d’une part une incapacité à prospérer pour
certains et la certitude d’un appauvrissement terrible de l’autre.
Et voilà ce que je ne sais pas faire concrètement, c’est
mesurer et quantifier ce COUT SOCIAL INDUIT.
Et pourtant, si on se donnait la peine de le faire, on pourrait l’indiquer sur les étiquettes des produits manufacturés et sur tout autre bien de consommation.
Et pourtant, si on se donnait la peine de le faire, on pourrait l’indiquer sur les étiquettes des produits manufacturés et sur tout autre bien de consommation.
Que deviendrait le marché si d’un côté j’avais un T-Shirt
vicelard à 5€ (+10€ de Cout Social Induit) et de l’autre un T-Shirt vertueux à
10€ (+2€ de Cout Social Induit) ?
Continuerais-je à acheter le «moins cher» sachant ce qu’il coûte réellement ?
Il est probablement un peu tard pour espérer retrouver les
savoirs faire perdus, les métiers etc… vers chez nous… mais si on pouvait le
faire, ça ne serait pas un mal.
Je précise que cette mesure, que je propose, n’a aucune visée passéiste ou protectionniste, au contraire.
Mieux rémunérer les paysans et ouvriers des pays émergents, leur assurer une meilleure éducation, de meilleures protections sociales etc… permettrait de réduire ce Coût Social Induit…
Je précise que cette mesure, que je propose, n’a aucune visée passéiste ou protectionniste, au contraire.
Mieux rémunérer les paysans et ouvriers des pays émergents, leur assurer une meilleure éducation, de meilleures protections sociales etc… permettrait de réduire ce Coût Social Induit…
Grande question, quelles sont les données à intégrer dans
le calcul de ce Coût Social Induit ?
C’est à l’évidence un indice local, à mettre en relation directe avec le lieu de vente et consommation des produits.
C’est à l’évidence un indice local, à mettre en relation directe avec le lieu de vente et consommation des produits.
Le même exactement vendu à des endroits différents peut voir son Coût Social Induit varier.
En restant sur l’exemple du T-Shirt, un pays qu’il possède ou non des filatures est exposé à des risques différents et donc à un Coût Social Induit tout aussi différent.
C’est donc une gymnastique délicate que de l’évaluer.
D’ailleurs, je suis très intéressé, si quelqu’un a les moyens de bosser sur le sujet d’entamer des discussions…
Assez naïvement peut-être, j’espère qu’il n’est pas trop
tard pour apprendre à avoir des comportements plus responsables, globalement (à
l’échelle de la planète).
Avec un tel outil, c’est envisageable d’avancer, avec un peu de chance.
Le problème auquel on risque de se confronter restant le même que celui qu’on rencontre partout… il ne faudrait qu’il perturbe le jeu économique actuellement en place et dont pourtant il faudrait apprendre à se défaire.
Voilà, rapidement brossé, bien que l’article soit assez
long, ce que j’appelle COUT SOCIAL INDUIT.
Et voilà ce qui me semblerait être un indice pertinent à utiliser pour que nous puissions nous diriger vers un monde plus vertueux.
Merci d’avoir lu.
Merci de faire des commentaires si besoin.
Merci de faire des commentaires si besoin.
Un document qui devrait t'occuper un petit moment Alexandre:
RépondreSupprimerwww.tresor.economie.gouv.fr/File/393273
Il s'agit plus de coût sanitaire induit, mais les modes de calcul de ce coût induit ne sont pas inintéressants pour alimenter le débat.